Les différents types de mycotoxines
Qu’est-ce qu’une mycotoxine ?
Les mycotoxines sont des substances chimiques toxiques produites naturellement par des champignons microscopiques. Plus la plante est stressée, plus le facteur de risque d’apparition des mycotoxines augmente. Il existe des mycotoxines de champs et de stockage.
Dans nos rations, nous sommes principalement touchés par des mycotoxines de champs.
Les champignons au champ sont présents sur les épis ainsi que les tiges et feuilles. Le champignon Fusarium graminearum produit de la DON (la DON appartient à la famille des Trichothécènes) et de la ZEA.
Ce sont surtout ces mycotoxines qui impactent aujourd’hui nos ruminants
Figure 1 : Apparition du champignon Fusarium
graminearum sur les épis de maïs ensilage
Source : Arvalis


en orange = mycotoxines de stockage, en vert = mycotoxines de champs
Source : Arvalis – journée observatoire des mycotoxines
Figure 2 : Apparition du champignon Fusarium
graminearum sur les tiges et les feuilles
Source : Arvalis

L’impact des mycotoxines sur les ruminants
Aujourd’hui, ce sont principalement les mycotoxines de céréales de la famille des trichothécènes (DON, T2 toxine, HT2 toxine : 10 fois plus puissant que la DON, Nivalénol : 5 fois plus puissant que la DON) et la zéaralénone qui impactent les bovins. Concernant la DON, elle se transforme en nombreux dérivés toxiques pour impacter le ruminant. Si la flore du rumen est bien équilibrée, les protozoaires et les bactéries sont normalement capable d’éliminer ces dérivés toxiques. Si ce n’est pas le cas, une fois la barrière du rumen franchie, ils viennent se fixer sur les parois intestinales, ce qui réduit la surface d’absorption intestinale, empêchant ainsi l’absorption des nutriments. En conséquence, l’ingestion baisse et devient irrégulière, ce qui entraîne une variation et une baisse de la production laitière. Le seuil de toxicité de la HT-2 toxine, T2-toxine (trichothécène A) se situe à 100 ppb (µg/kg). Celui de la DON, nivalénol (trichothécène B) se situe à 500 ppb. Pour éviter un risque aigu, il ne faut pas dépasser entre 1 et 1.5 mg/kgMSI (MSI : matière sèche ingérée) si l’on raisonne en concentration de ration. La zéaralénone, quant à elle, a une structure chimique très proche des œstrogènes, ce qui lui permet de se fixer sur les récepteurs de cette hormone. Par conséquent, la sécrétion de GnRH et donc de FSH et LH est inhibée, ce qui empêche la croissance folliculaire. Les animaux ne viennent pas en chaleur. En pratique, les techniciens repro Echo Breizh, ont dans la plupart des cas, des difficultés à dater les ovaires car le cycle est totalement perturbé. Le seuil de toxicité pouvant induire des soucis de reproduction se situe à partir de 0.5 mg/kg MSI pour un risque chronique et jusqu’à 1 mg/kgMSI pour un risque aigu si l’on raisonne en concentration de ration. Dans tous les cas, le ruminant est l’animal le plus apte à lutter contre les mycotoxines. Il faut des seuils de toxicité important pour avoir des conséquences néfastes. Cependant, même si les seuils de toxicité ne sont pas atteints, les mycotoxines entraînent des conséquences indirectes. La lutte contre les mycotoxines mobilise une très grande énergie, perturbant l’immunité des bovins (une immunité en baisse = cellules, mammites, boiteries…), la production laitière ainsi que des bouses liquides, non digérées. Également, les multi-contaminations amplifient les risques. L’idéal est de réaliser des analyses mycotoxines directement au niveau de la ration. Si besoin, l’équipe Echo Breizh reste à votre disposition afin de réaliser ces analyses. Dans certains cas et selon le seuil de toxicité trouvé, avant de parler directement de capteur de mycotoxines, il faut veiller à un bon fonctionnement ruminal pour permettre au maximum la dégradation des mycotoxines par le rumen. Ainsi, dans ce cas il faut remettre de la solubilité dans les rations pour réveiller la flore ruminale. Un bon niveau d’azote soluble, d’énergie fermentescible (notamment du sucre) et l’utilisation de levures vivantes activera les bactéries cellulolytiques, amylolytiques et les protozoaires, capable eux d’absorber les mycotoxines ou de modifier leur structure avant de les rendre nocive.
L’utilisation du capteur de mycotoxine reste essentielle lorsque les conséquences sur les animaux ne peuvent pas être maîtrisées seulement par la ration. Il en existe de nombreux sur le marché. Ils contiennent souvent : Une protection absorbante par l’utilisation d’argiles, de parois de levures, de charbon, d’algues, Un support assurant la santé de l’animal (hépato protecteur, antioxydant, vitamines, macro-éléments assurant la santé intestinale) Des molécules de biotransformation (enzymes, microorganismes) Pour information, pour la Zea, la DON et les fumonisimes, les argiles classiques comme la bentonite ont une efficacité quasi nulle car la structure chimique et la polarité de ces mycotoxines ne permettent pas leur fixation. Des parois de levures et des argiles modifiées offrent un spectre d’absorption plus large. La dose de capteur varie selon la contamination et le fournisseur.
Les moyens de lutte
Le climat provoque l’apparition des mycotoxines de champs dans 80% des cas. Les 20% restantes sont provoqués par les pratiques agronomiques (Source : enquête au champs 2003-2020 – 2032 parcelles).
Figure 3 :
Source : enquête au champs 2003-2020 –
2032 parcelles

Ce que met en avant cette grille de décision ci-dessus, c’est que le réchauffement climatique, c’est-à-dire des printemps chauds et des étés secs sont défavorables à l’apparition de la DON. A l’inverse, un printemps froid et une récole tardive du maïs, dans des conditions humides sont
très favorable à la DON (exemple : maïs 2024). Quel que soit les mycotoxines, plus la récolte est tardive, plus les teneurs seront élevés. L’idéal est de viser une récolte du maïs ensilage avant fin septembre. Si les semis de maïs sont tardifs, il sera préférable de choisir des indices plus faibles afin de récolter tôt. Cette année, le climat est défavorable à la DON car la récolte est tôt et dans des conditions très sèches. D’un point de vue agronomique, l’objectif est de diminuer le potentiel infectieux et les voies d’entrée. C’est-à-dire qu’il faut gérer le précédent en diminuant la quantité de résidus infectés sur la parcelle. Le labour de 15 à 30 cm facilite la dégradation et la perte de viabilité des spores de fusariums. Cependant, dans certains cas le labour n’est pas praticable et le non-labour permet tout de même de mieux conserver la vie des sols. Il est donc possible dans ce cas, de broyer finement les résidus. Le broyage sous bec reste insuffisant, il est nécessaire d’effectuer un 2ème broyage.

Figure 4 : source : Arvalis
Du point de vue choix variétaux, il faut tout de même vérifier que la variété n’est pas sensible aux mycotoxines. Cependant, il y a peu de données sur les variétés récentes qui permettent de l’utiliser pleinement comme un levier aujourd’hui. Il faut simplement veiller à choisir une bonne précocité variétale. L’apparition des mycotoxines augmente également du fait que nous produisons davantage de lait sur des surfaces dans certains cas restreintes, ce qui empêche l’allongement des rotations. Il est important de créer des systèmes agronomiques durables en essayant au maximum d’éviter les monocultures de maïs.
Aparté : Ustilago maydis ou Charbon du maïs
Attention, il ne faut pas paniquer si sur certaines parcelles de maïs, nous retrouvons des galles de charbon tel que les images ci-dessous. La sécheresse entraîne des lésions au niveau de la plante permettant l’installation de ce champignon. Les conséquences sont une perte de rendement dû à l’altération des fonctions de la plante. Il peut aussi provoquer une diminution de la matière sèche (humidité produite par le champignon), de la cellulose brute et de l’amidon. Ce champignon ne produit pas de mycotoxines.
